« Tout est tellement difficile
et dire quelque chose c’est déjà se condamner »

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Diego Álamos,
Nuevo Curso de Mecanografía en 10 lecciones
Santiago de Chile, Luciérnaga, Cuadernillos, 2009, p. 5


        SERRES
Consultation internationale d’art et d’architecture
pour la création d’un centre d’hébergement nomade
dans Paris intra-muros. Le « Paris de l’hospitalité »,
est un projet organisé par le Pôle d’Exploration des
Ressources Urbaines PEROU et Les Enfants du Canal,
soutenu par la Fondation MACIF et le Pavillon
de l’Arsenal.
       
        Les questions que nous nous sommes posées
pour démarrer notre réflexion aide à comprendre
notre approche ainsi que les solutions que nous
avons proposées : « Est ce que les bénéficiaires peuvent
participer au projet ? Comment rapidement occuper
l’espace ? Qu’est ce que je peux facilement et rapidement
monter pour abriter un chantier ? Centre nomade :
déménagement ? Qu’est ce que je peu facilement
déménager ? Comment esquiver le semi-remorque ?
Comment sortir des solutions “ prêtes à l’emploi ” ?
Comment zapper l’Algeco, le container maritime,
l’échafaudage de chantier ? Quelle image nous voulons
donner du chantier, de l’occupation et du lieu après
restitution ? Qu’est ce que nous voulons véhiculer
comme message aux bénéficiaires, aux riverains,
aux pouvoirs publics ? Si je pars qu’est
ce que je laisse ? ». [...]
       
        Notre expérience sur la question SDF montre que
ces populations vivent un nomadisme constant, cette
grande mobilité subie complique la vie et l’intégration
pour ces personnes. Cette forme de vie sans domicile
fixe pose un souci en ce qui concerne le travail d’aide,
d’assistance et de suivi pour les travailleurs sociaux.
L’éclatement spatial des établissements sociaux oblige
les bénéficiaires à effectuer une pénible transhumance
quotidienne déstabilisante et décourageante. Pour cela,
face à cette population qui passe l’essentiel de son temps
dans l’espace publique, nous pensons qu’il faut privilégier
des dispositifs fait en priorité d’espaces privatifs.
Notre approche se base sur l’idée du « logement
d’abord ». Une clé, une adresse, une identité, un nom
sur une boîte aux lettres. Pouvoir le plus vite possible
« être » quelque part, avoir un « chez soi ».
Nous pensons qu’il faut légèrement déplacer
la commande d’un centre d’hébergement nomade
à un programme plus ouvert de bâtiment mixte
(logements et activités). Nous ne proposons pas
une sous-architecture pour les précaires, mais une
infrastructure d’innovation sociale connectée
avec son quartier.
       
        Le projet consiste en un principe constructif qui
permet d’occuper rapidement un terrain et de constituer
des logements dont les niveaux de conforts sont
évolutifs. Un chantier décomposé en étapes en fonction
des apports économiques. Faire un projet avec
un minimum de matière, travailler avec des éléments
industriels conformes, de petites dimensions pour
répondre aux mieux à la demande de transportabilité.
Le projet est imaginé avec une main d’oeuvre
n’ayant pas besoin d’infrastructures lourdes
ni d’un savoir-faire spécifique.
        Une première étape consiste à mettre en place
des serres horticoles. Elles dessinent les pourtours
des bâtiments et permettent immédiatement d’abriter
le chantier. La deuxième étape consiste à fabriquer
sur place des blocs fonctionnels-porteurs posés
sur un plancher et à les raccorder aux réseaux d’eaux
et électricité. La troisième étape consiste à monter
ces blocs en unité d’habitation sur deux niveaux.
Cette première phase apporte un confort minimum
aux personnes logés (un lit, une armoire, un accès
à des WC, salle de bain, cuisine commune).
Une deuxième phase consisterait à créer des studios
tout équipés plus grand à la place de la chambre
pour une personne. Une troisième phase consisterait
à passer de studios à des appartements mitoyens
(type T2 ou T3) qui deviendraient pérennes.
Une quatrième phase consisterait à faire évoluer
l’infrastructure vers une maison bioclimatique.

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Equipe de maîtrise d’œuvre :
Conception : FUGA + Sébastien Perruche, artiste
Photo : « Daniel » de la série « Mémed était mort », 
2004 © Benjamin Geminel
Photo maquettes : Jérôme Aich et Sébastien Perruche
2014


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